Pour ne rien vous cacher, dès que j’en eus l’occasion, je me précipitais entre les murs froids et épais de Ste So, que je n’avais pas visitée lors de mon précédent voyage à Istanbul…
Ben oui, à cette époque, je trouvais que c’était trop cher, qu’il faisait trop beau, j’étais jeune et stupide, un peu, oui, d’autant que je vous rappelle, ça se passait l’été juste avant mon entrée à la fac, en histoire de l’art, on suit toujours ça fait plaisir, et qu’est-ce que je me prenais dans la rétine juste après m’être callée sur les bancs de l’amphi…Ste So, justement !!Grandiose, s’étalant dans toute sa déformation via le projo, sur la toile de fond tendue à l’intention des étudiants…je me suis pas mal maudite sur le coup…
Mais si on s’en tient à ce bon vieux verre à moitié plein, du coup, j’avais un peu plus matière à apprécier puisque je l’avais étudié…mmmoui…en plus pour les étudiants en art c’est gratuit la visite, non négligeable!!
Et puis en février, sous la pluie, on apprécie nettement plus de devoir s’enfermer…
J’en garde une impression d’immensité, donc, de prouesse architecturale (faut le faire tout ce marbre à l’étage soutenu par quelques colonnes maigrichonnes et ce depuis le VI°s.) et de courants d’air effroyables…
Je ne crois pas que ce fut cette fois là non plus que je sus l’apprécier à sa juste valeur…
Je me suis juste demandée comment Justinien arrivait à chauffer ses causeries hivernales…il devait très certainement restait bien au chaud ailleurs, dans son palais par exemple…l’église c’était surtout pour la frime…
J’allais donc me réchauffer au musée des arts turcs et islamiques…
Pas un chat, dis donc !!! Sensation d’être le dernier être vivant sur Terre, contemplant les vestiges d’une humanité héroïque…
j’aime pas la foule qui se presse devant les objets et qui oblige à faire des bonds quand on ne mesure qu’1,60 mètre pour espérer voir un bout de céramique, mais quand même…Du coup, j’avais tout le service de surveillance pour moi toute seule…de là à se sentir observer…

Mais ce dont j’avais vraiment envie de vous parler, tout ceci, n’étant en fin de compte qu’une petite intro pour vous mettre dans l’ambiance, c’est de Sokullu Mehmet Pacha camii…
Quand on cherche les mosquées à visiter à Sultan Ahmet, en général on ne vous parle que de la Mosquée Bleue…Bon, bien sûr que je suis allée la voir, mais plus pour y prier entre les heures de visites qu’autre chose, en fait…
La Sokullu, elle est plus petite c’est sûr et si comme moi vous n’aviez pas reçu les conseils avisés d’un autre amoureux d’architecture (merci Olive) et la chance de tomber sur un gars de la région pour vous y conduire, vous risquiez comme temps d’autres de passer à côté…
C’est sûr qu’il faut savoir la dénicher et sans mon guide je ne pense pas que j’y serais arrivée…En plus elle était fermée et il a dû parlementer avec l’imam pour que je puisse y pénétrer…
Un petit bijou, une petite merveille qui s’offre à vous une fois le tunnel qui mène à la cour franchi…
Allez, hop, un peu d’histoire...
Construite au cours du XVI° s. par Sinan, le fameux grand architecte de Suleyman, pour son vizir, Sokullu Mehmet Pacha, sur le site d’une église byzantine en ruines, Haghia Anastasia, elle en possède la charge mystique de ces lieux particuliers que les hommes choisissent et réemploient au fil des siècles pour leur dévotion.
Ecrin de pierre qui s’ouvre avec les portes de la mosquée et vous dévoile les joyeux de faïence d’Iznik et de peintures.

Ca c'est le minbar et le mihrab...
L’Imam, tout heureux d’avoir un visiteur, deversait un flot d’explications dont je retenais surtout son amour du lieu...et puis aussi que le petit point noir, là, encastré au milieu du mihrab, était un morceau de la pierre noire...
Les vitraux donnaient juste ce qu’il fallait de lumière et j’aurais aimé rester des heures seule à m’imprégner de l’atmosphère...
Mais touriste j’étais, alors je pris quelques photos, remerciais vivement le vieil homme et m’en fus avec mon guide vers d’autres merveilles...